Des hôtels pour les sternes
Installation de pontons ostréicoles pour la nidification des Sternes
Date de lancement de l’action : 2004
Les sternes sont des oiseaux de mer dont l’ensemble de la population mondiale est en régression. En France, six espèces de sternes nichent annuellement le long des rivages. Cette population, toutes espèces confondues, a été estimée lors du dernier recensement de 2001 à moins de 15 000 couples. En Bretagne, cette même année, environ 2 700 couples étaient recensés.
Sur ces six espèces se reproduisant régulièrement en France, cinq d’entres elles nichent annuellement en Bretagne. Seule la Sterne hansel reste strictement méditerranéenne.
- La Sterne arctique, 1 à 3 couples selon les années, demeure une espèce anecdotique, nichant sur les îles finistériennes.
- La Sterne naine, une quarantaine de couples, s’installe sur les cordons de dunes ou de galets sur trois sites principaux.
- La Sterne de Dougall, une petite centaine de couples nidifie sur l’Île aux Dames au large de la baie de Morlaix, unique colonie nationale.
- La Sterne caugek, environ 1 300 couples s’installent sur quelques îlots, connus et surveillés.
- La Sterne pierregarin, environ 1 200 couples nidifie sur de nombreux sites.
La Sterne pierregarin
La Sterne pierregarin est une espèce protégée, inscrite à l’Annexe I de la Directive Européenne "Habitat".
Depuis la fin des années 70 et pour des raisons multiples, les Sternes pierregarin ne nichent plus sur les îles et îlots du Golfe du Morbihan. Les effectifs d’oiseaux reproducteurs diminuent régulièrement et l’une des causes de régression est liée aux facteurs anthropiques (réduction de sites potentiels d’installation, dérangement humains, de prédation par les chiens en divagation).
Localement la population forte d’une centaine de couples se répartit de façon égale entre le domaine terrestre et le domaine maritime. En solution de replis, les sternes se reproduisent principalement sur deux espaces : les anciennes salines et les pontons ostréicoles.
Les anciennes salines sont trop souvent soumises aux aléas liés aux problèmes de gestion des niveaux d’eau et aux prédateurs nombreux. En milieu terrestre, le taux de reproduction est souvent faible. Bénéficiant de l’expérience de l’aménagement du marais de Le Hézo , du marais de Lasné et au vu des difficultés de gestion des espaces terrestres, un projet maritime semblait pertinent.
En milieu maritime, le taux de reproduction est beaucoup plus élevé, mais 95% des installations de nidifications marines ont lieu sur des pontons et des barges ostréicoles. Ces pontons, outils de travail des ostréiculteurs, sont utilisés en fonction des travaux liés aux coquillages et ne laissaient que peu de chance en matière d’élevage des poussins. La plupart des professionnels bien conscients du problème cherchent des solutions, afin d’éviter la destruction des nichées.
L’enjeu : une espèce emblématique fédérant des acteurs parfois opposés.
Il s’agit de créer de nouveaux sites de reproduction en milieu maritime dans le Golfe du Morbihan.
La finalité de cette expérimentation reste d’améliorer la biodiversité grâce à la coopération des professionnels de l’ostréiculture. En partenariat avec eux, le Parc en projet a entrepris de sensibiliser et d’agir pour cette espèce emblématique. Connue des marins, des plaisanciers et des naturalistes, cette espèce bénéficie des faveurs du public. L’espèce devient le symbole d’un projet commun autour d’acteurs souvent opposés.
L’expérience avait déjà été tentée avec succès sur différents lacs suisses et en France sur le lac de Chante-coq du Der en Haute Marne. Un projet maritime soumis au marnage n’avait à notre connaissance jamais été réalisé ailleurs.
Deux barges ostréicole en bois, guère plus utilisées, et un ancien bateau de pêche, également en bois, nous ont été confiés pour réhabilitation. Avant d’être mis en place, ils ont dû subir de nombreux aménagements pour l’installation des oiseaux et la sécurité des poussins. Des chicanes en bois ont été installées sur le pourtour des bateaux pour remplacer les cachettes naturelles. Quelque 500 Kg de sable entrecoupé de coquilles d’huîtres ont été répartis sur les 20 m2 des embarcations.
Sous les conseils éclairés des professionnels, divers travaux techniques ont été entrepris et l’étanchéité des pontons a du être revue. Avec la participation technique d'étudiants en BTS GPN ou encore en partenariat avec le Conservatoire du Littoral et les Chantiers du Guip de l’Île aux moines, l’ancien outil de travail ostréicole s’est métamorphosé en outil de protection.
Les barges et le bateau sont mis en place au milieu du mois d’avril, au même moment que l’arrivée de nos migratrices, tout droit de retour d’Afrique. Avec une autorisation d’occupation du domaine public maritime, ils ont été placés à des endroits stratégiques du Golfe. À marée basse, de grands chenaux cernent ces sites de reproduction, et chaque marée haute rend les sites difficiles d’accès.
Le bilan de la nidification des sternes :
Le ponton de l’anse de Bois-Bas à Baden
2004
Selon une estimation assez fiable, entre 22 et 24 couples se sont installés pour nidifier et 35 à 38 juvéniles se sont envolés de cette installation.
2005
Au moins 34 couples de Sternes pierregarin se sont installés. 38 pontes ont été dénombrées et un total de 92 œufs comptabilisés. De façon certaine, entre 60 et 62 poussins ont pris leur envol.
2006
Entre 50 et 55 couples de Sternes pierregarin se sont installés sur la barge. 62 pontes ont été déposées et un total de 152 œufs ont été comptabilisés. 92 poussins sont nés sur le ponton et 77 poussins ont pris leur envol de la barge.
2007
56 couples de Sternes pierregarin se sont installés sur la barge. 62 pontes ont été déposées et un total de 156 œufs ont été comptabilisés. Au moins 77 poussins sont nés sur le ponton et environ 55 poussins ont pris leur envol.
Le bateau de l'Ile au Moines
2006
3 couples de Sterne pierregarin sont observés autour du bateau lors de la 1ère visite du 10 mai. Un unique couple donne une ponte de 3 œufs et produira un poussin à l’envol.
Début juin, une des béquilles stabilisatrices s’enfonce dans la vase et déséquilibre le bateau, ce qui n’incite pas d’autres couples à s’installer.
En juillet deux poussins nés sur un voilier voisin sont déposés sur le bateau, les parents les retrouvent et les deux jeunes prendront leurs envols aux premiers jours d’août.
2007
Entre 18 et 20 couples de Sternes pierregarin se sont installés sur le bateau. 24 pontes ont été déposées et un total de 60 œufs ont été comptabilisés.
Entre 32 et 35 poussins sont éclos sur le bateau. Selon une estimation assez fiable, une vingtaine de poussins ont pris leur envol du bateau de l’Île aux Moines.
Le ponton de la rivière de Crac'h
2007
Entre 35 et 38 couples de Sternes pierregarin se sont installés sur le ponton. 39 pontes ont été déposées et un total de 92 œufs ont été comptabilisés.
De nombreux poussins volants ont été observés sur et autour du ponton.
Ainsi, compte tenu de la météorologie peu favorable de la saison de reproduction 2007 et en prenant en compte les chiffres, il semblerait qu’une petite quarantaine de poussins se soient envolés du ponton.
Acteurs engagés
La Section Régionale Conchylicole
Quelques ostréiculteurs Badennois
Le Lycée de Kerplouz à Auray
Le Service des Affaires Maritimes du Morbihan
La Direction Départementale de l’Equipement - Service Maritime
La Direction des Douanes
Le chantier du Guip (Ile aux Moines
Le Conservatoire du Littoral
La Mairie de l'Île aux Moines
La Mairie de Locmariaquer